Voici la suite des chroniques de Vivian Jacobs , psychologue franco-américaine à New York.
Les Vacances lorsque la famille vit en France, contrée de Monsieur
Un Retour aux sources américaines aisé pour tous
Voici donc notre famille Franco-Américaine, cette fois-ci, face aux vacances. Les fameuses vacances d’été eh bien parlons en du point de vue potentiel/ conflit/ culturel.
Pendant 7 années passées par l’épouse en France, son besoin de rentrer « chez elle » s’était manifesté chaque année un peu plus, surtout avec l’arrivée des deux enfants. Le besoin de retrouver ses attaches, sa famille, ses lieux de vacances et bien entendu de faire découvrir le tout à ses petits. En fait, il s’agit plus d’une découverte, estime t’elle, et je pense à juste titre : les US méritent d’être plus qu’une destination, plutôt une seconde patrie car après- tout ses enfants sont aussi bien Américains que Français ! Impossible donc de ne pas donner autant d’importance aux deux langues, aux deux séjours de vacance, et aux deux cultures typiques, uniques et j’en passe.
Pas question donc de déléguer un seul drapeau bleu, blanc, rouge en haut du cottage dans le Maine ou en haut de l’appartement en bord de mer à La Baule ! Il faut clairement en trouver deux qui flottent ensemble au grès du même vent estival.
Voici donc notre Maman qui organise à chaque opportunité un retour vers son pays d’origine et ainsi les enfants profitent de leur « extended family » suivant le choix de la ville, de la banlieue, des lieux de vacances qui se passent principalement sur la resplendissante Cote Est. Les enfants sont bilingues, un peu plus à l’aise chaque année et reviennent fièrement vers Paris vêtues d’Abercombie, de sneakers, les bras remplis de la dernière American Doll ou du tout dernier jeu de Play Station, non paru en France !
Notre Papa Français, ayant toujours été ouvert à l’esprit expansif de l’Américain, (c’est pas pour rien tout de même qu’il a choisi une épouse Américaine), accepte donc avec grand plaisir de suivre le programme de l’été. Il passe ses trois semaines de congé dans les maisons et lieux familiaux de son épouse. En fait, il adore savourer l’amabilité, la décontraction, les lobsters si différents des langoustes et apprend aisément les plaisirs de la planche à voile, étant lui-même un expert en voile depuis les stages de son enfance. Il s’entend bien avec ses beaux-parents, apprécie leur générosité et aime se sentir un Français ouvert et anglophone. Parfait équilibre. Il rentre à Paris, reposé, sa femme et ses enfants finissant l’été en Amérique.
Les Vacances lorsque la famille vit aux Etats-Unis, contrée de Madame
Un Retour aux sources moins évident
Nous voici, à présent, notre couple étant domicilié en Amérique depuis environ trois années. Que se passe t-il autour de nos vacances cet été ? Vous le devinez n’est ce pas ? Bien entendu, notre Papa regarde à présent la lorgnette de son coté et insiste pour que les vacances familiales se passent principalement en France. Pourquoi est- ce tellement important pour lui ? C’est simple, sa famille lui manque, sa langue lui manque, sa routine lui manque, bref, il voudrait retrouver le chemin de son enfance et bien entendu en faire profiter ses enfants, après tout Français de naissance n’est ce pas ! Et voila, le conflit commence à pointer son vilain nez.
Certes notre Maman adore la France, garde des souvenirs merveilleux de Paris et pour elle les années vécues là bas sont inoubliables et irremplaçables. Certes, mais le petit problème étant qu’elle ne ressent guère le même besoin pressant, poignant, de retrouver, de vouloir se re -plonger dans les souvenirs et de se ressourcer à la francaise, avec ou sans moules marinières ! Oui, elle s’entend assez bien avec ses beaux-parents, mais à vrai dire, elles les trouve de plus en plus étouffant, étriqués, compliqués et ‘so’ conventionnels dans leurs exigences, surtout auprès des enfants. Question d’éducation bien entendu, le rôle des enfants est abordé comme nous le savons tout à fait différemment en Amérique ou l’enfant devient volontiers le centre du monde des adultes, rôle qui n’est pas aussi convenable et acceptable dans les familles françaises. En fait, elle n’a pas envie de passer toutes ses vacances chez eux, dans leur « bled » même si c’est une tradition familiale depuis toujours. Elle se sent chaque année jugée d’avantage, comparée à ses belles-sœurs et étouffe sous l’œil impatient de son mari qui ne sait plus bien à qui faire plaisir en premier…
Notre Papa se sent déchiré, il voit bien que ses parents vieillissent, ont moins d’équilibre et de patience. Il constate aussi que ses enfants deviennent turbulents et que sa femme ronge à la fois son frein et ses ongles, se plaignant de l’étroitesse des lieux et du temps imprévisible- ah le temps Breton. En fait, lui ne comprends pas bien pourquoi ses enfants ne sont pas plus comme lui, séduit par les galets, les petits glaciers du coin, la crêpe du goûter pourquoi il faut toujours une activité physique, un achat distrayant? Lui il aime revenir toujours au même lieu, c’est toute son enfance avec ses souvenirs et son héritage culturel dont il est si fier. Pourquoi donc faire tant d’histoires pour trois malheureuses semaines, après tout, lui il passe bien le restant de l’année en Amérique, dans ses fiefs à elle ?
Evidement, notre Papa a de plus en plus peur que ses enfants vont oublier non seulement leur langue « maternelle » mais aussi les bonnes manières, le respect des aînés, et les traditions familiales. Il craint que la beauté de son pays, la richesse de sa culture et même la finesse de sa cuisine pâtissent en comparaison avec la facilité du pouvoir d’achat et la solution « d’instant gratification » du pays de Disney. Il doit donc, pense–t-il, se battre et se défendre au nom de son identité et de ses croyances profondes. Parfois, le fait-il maladroitement, avec trop de rigueur, avec manque de souplesse et peu d’humour ?
Nous voici donc au sein d’un nouveau drame bi-culturel qui, malheureusement, risque de se répéter, d’empirer chaque été avec les autres disputes qui se sont greffées au fils du temps. Maman tire la couverture vers son domaine, son abri, Papa tire la couette vers ses souvenirs, ses amarres. A nouveau, notre couple se regarde et se dit sans aucun doute « pourquoi faut-il toujours que tout soit aussi compliqué, même les distractions ? ». Il faudra attendre la fin des vacances pour connaître la suite, espérant qu’un compromis sera trouvé…
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